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Depuis quelques années, Julien Bouffier creuse un sillon dans
son cheminement artistique où il aborde certains dérapages...
Parce qu'il y a urgence à nous mobiliser tous, le théâtre
engagé doit aussi toucher le grand public et notamment celui
qui cherche à s'évader d'une réalité quotidienne,
à se divertir, à se rassurer pour oublier, croire qu'il
respire...
Il faut réussir à trouver un chemin sensoriel qui perce
les défenses, relativise les certitudes et les perceptions.
Remettre en marche l'imaginaire, sa force de projection, d'émancipation.
"Je ne veux pas d'un théâtre donneur de leçons
mais d'un théâtre qui questionne, porteur d'une promesse
de bonheur car il recherche l'émancipation de chacun."
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Les
yeux rouges est la deuxième étape de ce processus
de création sur l'engagement et le travail. Le texte de Dominique
Féret conduit le théâtre au coeur d'un documentaire
sur le conflit ouvrier de l'usine LIP* en 73
à Besançon.
Constitué uniquement d'interviews sans aucun commentaire, le
livre de Dominique Féret témoigne de ceux qui, un jour,
ont refusé une réalité imposée et se sont
rassemblés pour lutter pour le bien de chacun.
Le spectacle "Les vivants et les morts" de Gérard
Mordillat, dernière étape de ce cheminement, sera crée
en 2008 (saison 1) et 2009 (saison 2) au Théâtre des
Treize Vents.
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Voyage
dans un esprit
Leur redonner la parole, c’est aller contre un mouvement
qui avale le temps et nous réduit à gérer
le présent. Un présent amnésique, un
présent univoque.
Mettre en scène une interview, c’est faire entendre
les paroles échangées, le lien, la rencontre,
plus que l’histoire. C’est préférer
raconter l’émotion, « l’humain »,
qui contaminent nos mots.
C’est mettre à nu notre mémoire, la partager
avec « l’autre » pour qu'il se l'approrpie.
Ce n’est pas le réel de cette interview que je
mets en scène ici mais son impact dans l'esprit de
l’interviewer. C’est un voyage dans son esprit
que je propose. au moment
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L'image, le son et le corps
Sur scène, le spectateur voit un écran,
une peau, une grande page blanche, une photographie vierge où
viennent " s’impressionner " les présences de
ces paroles d’ouvrières.
La technique utilisée à vue (micro, voix off, bande son
omniprésente, vidéo) permet cet aller et retour permanent
entre le sensible (des corps et des voix ) qui conduit le propos vers
la caresse, et le sens. Cet espace abstrait induit un traitement des
corps, un traitement des voix particulier. Les actrices n’incarnent
pas mais nous transmettent l’humanité de ces anciennes
ouvrières : comment cette parole les traverse, comment elle se
diffuse dans leur corps. Face à elles, une jeune danseuse questionne
et nous force à appréhender des oralités et des
"physicalités" marquées par leurs expériences
d’interprètes d’une part, et par la partition qu’elles
ont à jouer d’autre part.
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LIP - Rappel :
Début
1973, alors que la direction de l'entreprise est prête à
jeter l'éponge du fait d'une situation financière catastrophique,
des syndicalistes mettent la main sur une pochette de documents, émanant
de la direction, qui les renseigne sur les mécanismes d'une faillite
organisée : un conglomérat d'horlogers suisses a uvré
pour rentrer dans le capital de l'entreprise et finalement devenir majoritaire.
Ils ont ensuite limogé son président charismatique, Fred
Lip, et ainsi éliminé un concurrent gênant en vidant
ses caisses. |
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Les
syndicats décident de contre-attaquer en informant tous les
salariés de l'usine ainsi que les médias. Un fort courant
de sympathie naît alors dans l'opinion publique. Mais malgré
tout ce travail de sensibilisation, rien n'évolue et la liquidation
administrative est planifiée.
C'est à ce moment que les salariés de Lip rentrent dans
l'histoire en décidant de reprendre la fabrication des montres.
Les « Lips » produisent et s'organisent pour vendre leurs
montres mais ils n'ont pas l'intention pour autant de se mettre en
autogestion, ils attendent que patrons et pouvoirs publics conçoivent
un plan de relance.
Un
mois après, les Lips se payent sans hiérarchisation
de salaire. Le lendemain, les gardes mobiles pénètrent
dans l'usine de Palente et expulsent les Lips qui gardaient le lieu.
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Les salariés avaient prévus cette éventualité
et avaient dissimulé leur trésor de guerre, c'est
à dire les montres qu'ils avaient fabriqués. Ils
continueront ainsi durant tout le mouvement à fabriquer,
vendre et se payer. De grandes manifestations de soutien s'organisent
partout en France et en Europe. Le 29 Septembre 1973, 100 000
personnes se réunissent pour une grande marche autour
de Besançon.
Fin
Janvier 74, après 300 jours de lutte, le projet de relance
Neuschwander est accepté par tous les partenaires sans
aucun licenciement. |
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