LES
PROJETS 2010 - 2011
Chacun
des spectacles de Julien Bouffier répond au précédent
poursuivant une recherche formelle, ou traitant des mêmes sujets.
Depuis quatre ans, il tire le fil du rapport au travail, considérant
qu’il reste un des enjeux principaux de notre société.
Aujourd’hui, il commence un nouveau cycle de recherche artistique
autour de la question identitaire : s’ancrer dans un territoire,
interroge notre besoin de posséder des racines.
Ces fameuses origines qu’on invoque comme un étendard
ou un bouclier face à l’autre pour s’identifier,
pour se rassurer. Pour beaucoup, l’appartenance à un
groupe, à une communauté, aide à se diriger,
à avancer. C’est pourtant l’apprentissage, l’expérience
qui fait de nous des êtres humains.
Ces ateliers de recherche ouvriront deux champs mémoriels différents
qui bousculent notre appréhension du quotidien :
- La Grande Histoire et notre positionnement géopolitique à
partir du texte de Marguerite Duras, Hiroshima, mon amour.
- La co-existence travail/famille dans une introspection intime devant
la mort avec la bande dessinée de Jiro Taniguchi, Un
Ciel radieux ?
Hiroshima,
mon amour de Marguerite Duras
Cette
œuvre a le destin particulier d’être autant un film,
qu’un livre.
Duras choisit pour lieu de rencontre amoureuse, Hiroshima, un des
lieux qui représente le mieux l’inhumain. Comment faire
évoluer ces amants étrangers l’un à l’autre
(elle est française, lui, japonais) sur les cendres de la bombe
atomique. De qui, de quoi tombe-t-on amoureux, pris ainsi dans les
méandres de sa conscience d’occidental face à
cette situation dont nous ne pouvons pas, ne pas nous sentir responsable
?
Julien Bouffier a voulu décontextualiser le texte en imaginant
un Hiroshima légendaire, symbolisant la terre culpabilisante
et ainsi embrasser l’Histoire moderne.
Qui serait aujourd’hui « le japonais » de Duras
?
Qui serait cet ancien ennemi, cet étranger du bout du monde
?
Serait-il le même d’où que nous soyons ?
Qui, dans notre société mondialisée, est notre
étranger ?
Ce projet va se construire par étape en France et à
l’étranger (Espagne, Italie, Sénégal, Chine,
Egypte) où nous engagerons dans chacun des territoires un comédien
différent pour jouer le rôle du Japonais. Accompagné
d’une équipe légère (une actrice, un vidéaste,
un technicien), nous partirons à la recherche de cet acteur,
tentant de définir notre vision de l’Etranger, notre
japonais. Toutes les versions seront filmées et serviront à
nourrir les mises en scènes postérieures.
Un
Ciel Radieux de Jiro Taniguchi
Cette
bande dessinée ou plus exactement ce manga, raconte l’histoire
surnaturelle d’un accident de la route où l’âme
du mort vient hanter le survivant. Bien loin d’un quelconque
récit de science fiction, Taniguchi nous emmène dans
un conte philosophique sur le sens de nos vies.
La bande dessinée est devenue ces dernières années
un art majeur qui a trouvé une manière singulière
de parler d’aujourd’hui.
Le désir d'interroger ce mode d’expression artistique
m'habite depuis plus d’une dizaine d’années.
Utiliser comme matière première une bande dessinée
est une main tendue vers le jeune public, une manière, une
nouvelle fois, de désacraliser la création théâtrale
en choisissant pour support un média très populaire.
Cette création initiera un projet plus ambitieux : le roman
graphique de Dave Mac Kean, Cages.
Ce
sera l‘occasion de mettre en pratique la technologie numérique,
la motion capture et l’usage des capteurs sur le corps des acteurs.
Une résidence à la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon
est envisagée avec le directeur du CNES, Franck Bauchard. Elle
fera suite à un partenariat avec le Centre des Ecritures Contemporaines
et Numériques à Mons en Belgique.
Tout un travail sur le double sera mis en œuvre entre un acteur
et son avatar numérique. Comment en effet représenter
l’âme humaine d’un mort ? Doit-elle être plus
présente que la chair d’un vivant ?
Ce sera un incessant croisement entre des situations théâtrales
traditionnelles faites d’acteurs en chair et en os et la présence
d’images numériques rendant compte d’un monde parallèle,
esthétiquement proche des jeux vidéos.
En effet, les jeux vidéos sont en passe de devenir le média
de divertissement le plus populaire avant le cinéma. L’avènement
des nouvelles technologies transforme le joueur en acteur physique
de situations fictionnelles (cf la console WII de Nintendo). Pour
les nouveaux films d’animation, il est demandé aux acteurs
d’interpréter des personnages virtuels de dessin animés
(cf la motion capture).
C’est le retour du vivant, de l’humain au centre du processus
numérique, la reconstruction d’un théâtre
archaïque.
Il semble par conséquent important de rendre compte de ce lien
aux spectateurs plus intéressés par les jeux vidéos
que par le théâtre.