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L’HUMANITE
/ 5 janvier 2008
(...)
Bouffier et ses camarades se sont lancés à corps
perdus dans l’aventure de l’adaptation du roman
de Mordillat à la scène. Une gageure relevée
avec un aplomb - l’inconscience de la jeunesse ? -, une
fougue extraordinaire. Comment, en effet, rendre compte sur
un plateau de théâtre des 800 pages du roman sans
les trahir ? Comment éviter le piège de la redondance,
de la simple et plate illustration ? Certes le livre de Mordillat
contient nombre de dialogues eux aussi percutants, sauf que
l’on sait pertinemment que cela ne fait pas forcément
de bonnes répliques de théâtre…, mais
surtout comment trouver l’équivalent scénique
d’une parole et d’une forme romanesques ?
(...) Julien Bouffier nous soumet plusieurs formes spectaculaires
pour nous ouvrir au roman de Gérard Mordillat. De l’utilisation
très particulière et fort pertinente ( c’est
au théâtre assez rare pour être noté
) de l’image vidéo à la proposition musicale
- le groupe Absinthe (Provisoire) est présent sur scène
-, en passant par des épisodes chorégraphiés
ou tout simplement joués de manière « traditionnelle
», Julien Bouffier et ses camarades récitent toutes
les gammes théâtrales en les mixant habilement.
Ils parviennent dès lors durant les quatre premières
heures du spectacle ( quatre autres sont prévues (...)
au Théâtre des Treize Vents la saison prochaine
) à saisir dans les mailles de leurs filets la substantifique
moelle du roman de Mordillat. Un roman et un spectacle «
romanesques » à souhait ( pourquoi s’en priverait-on
? ) et qui vous tiennent à la gorge.
(...) C’est une même énergie qui anime, Olivier
Luppens et Vanessa Liautey en tête, l’ensemble de
la troupe, qui porte, c’est véritablement le terme,
cette parole de lutte pour la dignité plus que jamais
nécessaire par les sales temps qui courent.
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FRANCE
CULTURE / chronique du lundi 19 novembre
Ca
commence par un générique vidéo. "
Les vivants et les morts ". Saison 1. Episode 1. On est
à Montpellier dans la salle obscure des Treize Vents,
la scène dramatique nationale de la ville. Julien Bouffier
adapte le roman fleuve de Gérard Mordillat au théâtre.
Radiographie d’une crise ouvrière du 21e, le
livre juxtapose l’intime et le collectif. Et oppose
la force des élans solidaires à la logique spéculative
et aveugle de l’argent. Amour, bébé, boulot,
nuits blanches et maison à crédit, on suit la
vie quotidienne de Rudy et Dallas, et de plusieurs familles
ouvrières dans une petite ville de l’Est de la
France. En simultané, on assiste à leur combat
contre les licenciements et la mise à mort de leur
usine. D’un côté l’organisation de
la survie entre unisson et division, de l’autre les
manœuvres sans états d’âme des actionnaires
installés en Allemagne.
Pour raconter cette foisonnante fresque sociale baignant en
plein libéralisme mondialisé, le metteur en
scène a enfermé comédiens et musiciens
entre les murs d’une grande maison transparente. Espace
privé et vie à l’usine se confondent,
de même que sentiments et combat militant. Il faudra
que la révolte s’engage pour que les portes s’ouvrent,
et que les personnages commencent à sortir. Pièce
charnelle et émotionnelle qui se filme en train de
se jouer, Les vivants et les morts n’ont pas froid aux
yeux. Quatre heures d’action mouvementée pour
éprouver la durée d’une lutte inégale,
dix comédiens dont la voix est amplifiée et
le corps chorégraphié. Et en live, le rock atmosphérique
du groupe Absinthe Provisoire qui bat la mesure du conflit.
A 36 ans, Julien Bouffier signe la plus cinématographique
de ses créations théâtrales. Il place
un mur vidéo inhabituel entre les acteurs et le public,
sur lequel défile la diversité des visages et
des consciences impliqués dans la crise. Et quand l’humain
est à la merci du capital, il va jusqu’à
faire disparaître les comédiens du plateau pour
laisser la tragédie se dénouer à l’écran.
Gérard Mordillat qui prépare lui-même
l’adaptation de son livre pour France 2 est dans la
salle. Il ressort emballé par cette inventive et audacieuse
version de son roman. " Les vivants et les morts ",
c’est jusqu’au 23 novembre au CDN de Montpellier.
Avant de retrouver, même lieu, même troupe, la
saison 2 en décembre 2008.
Anne Leray – L’Hérault du Jour
. 
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