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Le
spectateur
Julien Bouffier questionne le rapport au spectateur dans chacune de
ses créations, soit par la place qu’il lui donne dans l’espace
(rapport de proximité, d’éloignement, axes du regard…),
soit par la perte de ses repères en jouant avec la réalité
et la fiction, soit par une démultiplication des signes pour
assouplir, voire détourner la codification de la représentation
théâtrale.
Chacune des créations apporte un faisceau d’indices qui
permet d’affiner et d’affirmer un langage artistique révélant
par la même occasion de nouvelles zones à défricher.
Le
regard naif
" Quelle que soit l’œuvre choisie, pour l’aborder
et la rendre, je choisis la posture de l’enfance pour (r)éveiller
la curiosité (la mienne et celle de l’autre), pour (ré)apprendre
à écouter, à regarder. Je cherche à déclencher
l’appétit, à faire sentir au spectateur que le théâtre
est un des arts nécessaires à son émancipation,
et sans doute l’un des derniers lieux, l’une des dernières
occasions de rassemblement. Un espace de résistance, d’humanité
où l'on peut accepter de ne pas tout comprendre, d'être
bousculé par une rêverie, pour lire le monde autrement.
J'ausculte le couple acteur/spectateur, le lien entre "l’actif"
et le "passif". Chacun est-il à l’endroit où
il croit être ? Je dé-et re-construit le mensonge sur le
plateau, je cherche à conjuguer le théâtre au présent,
celui de l’acteur-énonciateur mêlant sa réalité
d’humain à celle de la fiction.
Le
vivant
J'utilise la vidéo depuis 14 ans par amour de l’image et
pour le trouble qu’elle provoque en moi : l’écran
est une peau morte, qui sait, malgré tout, " faire croire
", tant l’image fascine. Le théâtre est le lieu
du vivant. Et pourtant… Le mariage entre théâtre
et vidéo induit deux espaces poétiques différents
et donc deux temporalités différentes. Quel temps est
plus immatériel, celui du plateau ou celui de la vidéo
?
Quel temps constitue-t-il plus notre présence?
Comment sommes-nous présent en tant que spectateur ? En tant
qu'acteur ? Qu'est ce qu'être là dans cette société
où "vendre", "servir", "consommer"
prévaut sur "fabriquer", "créer",
"être" ?
Une
troupe
Si le plateau et la vidéo révèlent l'intérieur
de ma tête, c'est parce qu'une équipe fidèle m'entoure
depuis de nombreuses années. Nous travaillons comme une troupe
permanente, et je défends chèrement cette position. Notre
statut d'intermittent, faute de mieux, nous le permet. Le mieux serait
de vivre pleinement de nos métiers et de manière pérenne."
Julien
Bouffier dirige la compagnie Adesso e Sempre depuis sa création
en 1991 en Languedoc-Roussillon. Comédien et metteur en scène,
il a été formé par Jean-Michel Winling, Philippe
Girard, Redjep Mitrovitsa et Yves Steinmetz. Depuis 91, il a monté
Angèle Box de Durringer, Squatt de Jean-Pierre Milovanoff, Suerte
de Claude Lucas, Narcisse Autobiographie - commandée à
Bernard Pingaud, Joseph Danan, Jean-Marc Lanteri, Hernani de Victor
Hugo, la nuit je mens inspirée de l’œuvre de Sophie
Calle, le début de l'A. de Pascal Rambert, Nos Nuits Américaines,
dyptique sur la désillusion du rêve américain (1ère
partie l'Echange de Paul Claudel, 2ème partie Remember the Misfits),
Perlino Comment de Fabrice Melquiot, les Yeux Rouges de Dominique Féret
.
En dehors des plateaux de théâtre, il crée des performances
(Voices de JY Picq, Ma chambre d'incertitude...), réalise des
objets vidéo (Vraiment, la Sékence du Spektateur...),
travaille son art en entreprise (projet Mémoire/public EDF-GDF...)
En
1997, il se consacre à Suerte de Claude Lucas qui obtient le
prix de la jeune création au dernier Festival d’Alès.
C'est ce spectacle "peep-show" qui le distinguera au-delà
de la région Languedoc-Roussillon. L'état reconnaîtra
son travail et signera une convention (reconduite à ce jour jusqu'en
08) avec la compagnie, qui est accueillie dans le même temps par
la Scène Nationale de Sète jusqu'en 04.
En
2002, Il crée avec trois autres compagnies: La Camionetta, Patrice
Barthes Cie (danse) et Anabase (théâtre) un collectif de
compagnies - Changement de Propriétaire (CDP) - qui investit
un lieu industriel à Montpellier.
Depuis
septembre 2006, il est en résidence avec sa compagnie au Théâtre
des Treize Vents, Centre Dramatique National de Montpellier-Languedoc-Roussillon.
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